La step dance irlandaise est une danse en solo où tout passe par les pieds : bras le long du corps, buste droit, pas rapides en soft shoes sur un reel ou une jig, puis frappes des hard shoes, dont la pointe (le « tip ») et le talon claquent sur le sol. Le premier pas d'un débutant en Irish dance tient souvent en un hop et deux appuis.
Ce qui distingue la step dance irlandaise des autres danses
La step dance irlandaise se reconnaît d'abord à son immobilité du haut du corps : les bras restent tendus le long des hanches, les épaules ne bougent pas, et tout le travail se concentre sous la taille. Les jambes se croisent, les pieds se tournent vers l'extérieur et le danseur reste haut sur la demi-pointe, comme s'il cherchait à paraître plus grand à chaque temps. Cette posture la sépare nettement des grandes familles de danses de couple ou de groupe, où les bras guident le partenaire ou dessinent la figure.
Plusieurs explications circulent sur ces bras immobiles : le manque d'espace dans les tavernes et les cuisines où l'on dansait, ou des juges de concours qui ne regardaient que les pieds. Aucune n'est attestée par des sources sûres. Le fait établi est plus tardif : la Ligue gaélique, fondée en 1893, a fait de la danse un marqueur de l'identité irlandaise, puis An Coimisiún le Rincí Gaelacha, créée en 1929, a codifié les règles des compétitions, et avec elles la posture que l'on voit aujourd'hui sur scène.
Soft shoes et hard shoes, deux familles de danses
La step dance irlandaise se pratique avec deux paires de chaussures, et chacune commande son répertoire. Les soft shoes sont des chaussons de cuir souple : les filles portent des ghillies lacés sur le cou-de-pied, les garçons des reel shoes à petit talon dur qui permettent quelques claquements. Les hard shoes, elles, portent un embout et un talon rigides, en fibre de verre sur les modèles actuels, qui transforment chaque frappe en percussion.
| Chaussure | Danses | Mesure | Ce que l'on travaille |
|---|---|---|---|
| Soft shoes | Reel | 4/4 | Vitesse, sauts, déplacements |
| Soft shoes | Light jig, single jig | 6/8 | Légèreté, hops rebondis |
| Soft shoes | Slip jig | 9/8 | Élévation, lignes longues |
| Hard shoes | Treble jig | 6/8 lent | Frappes de pointe et de talon |
| Hard shoes | Hornpipe | 2/4 ou 4/4 | Rythmes syncopés, clics de talons |
| Hard shoes | Set dances traditionnelles | Variable | Chorégraphies fixées sur un air précis |
Les set dances traditionnelles, comme « St. Patrick's Day » ou « The Blackbird », se dansent sur un air donné avec une chorégraphie transmise presque à l'identique d'une école à l'autre, alors que les steps d'un reel ou d'une treble jig varient selon le professeur.
Comment apprendre les premiers pas de danse irlandaise ?
Le premier cours de step dance irlandaise commence presque toujours par le reel en soft shoes, parce qu'il pose la position de base sans le bruit ni le poids des hard shoes. Pieds croisés, le droit devant le gauche, talons décollés : le professeur fait ensuite enchaîner trois mouvements qui reviennent dans toutes les chorégraphies de débutant.
- Le hop
- Un petit saut sur un pied, l'autre jambe repliée ou tendue devant ; il lance presque chaque phrase du reel.
- Le hop back
- Un hop suivi de pas en arrière sur la demi-pointe, pieds croisés, qui fait reculer le danseur sans casser le rythme.
- Les sevens
- Sept petits pas latéraux vers la droite ou la gauche, comptés sur la musique, pour traverser la scène de côté.
- Les threes
- Trois appuis sur place qui servent de transition entre deux déplacements.
Les tutoriels vidéo en anglais, nombreux sous le nom d'Irish step dancing for beginners, aident à mémoriser l'ordre des pas, mais ne corrigent ni la rotation des hanches ni la tenue des chevilles. Une école qui enseigne la danse irlandaise reste rare hors des grandes villes : les critères pour choisir une école de danse à proximité valent aussi ici, avec une question de plus, celle de l'affiliation du professeur à une organisation de concours.
Du niveau beginner au championnat
La step dance irlandaise de compétition suit une échelle de niveaux que l'on retrouve, avec des variantes, dans la plupart des organisations : beginner, advanced beginner, novice, prizewinner, puis preliminary championship et open championship. Le danseur monte d'un niveau en se classant aux premières places d'un feis, le nom gaélique d'un concours local (feiseanna au pluriel).
Au sommet, An Coimisiún le Rincí Gaelacha organise chaque année ses championnats du monde, l'Oireachtas Rince na Cruinne, depuis 1970. Les danseuses y portent des robes brodées et souvent des perruques bouclées, deux codes nés dans les concours qui n'ont rien d'obligatoire au niveau beginner, où une tenue simple et des soft shoes suffisent.
Riverdance, le spectacle qui a tout changé
La step dance irlandaise a quitté les salles paroissiales pour les scènes du monde le 30 avril 1994, pendant l'entracte du Concours Eurovision de la chanson diffusé depuis Dublin. Le numéro de Riverdance, emmené par Jean Butler et Michael Flatley, durait sept minutes ; il est devenu un spectacle complet l'année suivante, puis Michael Flatley a lancé Lord of the Dance en 1996.
Ces spectacles ont gardé les bras immobiles et les frappes des hard shoes, mais ils ont ajouté les lignes de danseurs synchronisés, les lumières et des bras parfois libérés. Une bonne part des élèves qui poussent la porte d'un cours aujourd'hui citent ces images comme point de départ.
Step dance en solo, céilí en groupe
La step dance irlandaise n'est qu'une branche de la danse traditionnelle d'Irlande. Les céilí sont des danses sociales de groupe, en lignes ou en cercles, où les bras se donnent et où l'on danse pour le plaisir plus que pour le jugement. Le set dancing, dérivé des quadrilles du XIXe siècle, se danse à huit et reste très vivant dans les pubs et les fêtes de l'ouest de l'Irlande.
Pour un danseur, passer de l'un à l'autre demande peu d'effort : les mêmes airs de reel et de jig accompagnent les deux. La différence tient à l'intensité. Les sauts répétés de la step dance sollicitent fortement les mollets, les tendons d'Achille et les genoux ; avant de s'inscrire en compétition, il vaut la peine de vérifier ce que l'assurance santé couvre en cas de blessure de danseur, une entorse de cheville restant l'accident le plus courant à l'entraînement.




