La danse d'Amérique du Sud change de pas à chaque frontière : tango sur le Rio de la Plata, samba au Brésil, cumbia en Colombie, cueca au Chili, marinera au Pérou. La salsa, rangée avec elles parmi les danses latines populaires, vient pourtant de Cuba et de New York, comme le rappelle la suite de ce panorama.
Repères sur le continent
- Cinq danses sud-américaines figurent au patrimoine immatériel de l'UNESCO, dont le tango, le candombe, le frevo et la roda de capoeira.
- Les rythmes ternaires en 6/8 dominent dans les Andes et sur la côte Pacifique, les rythmes binaires sur l'Atlantique.
- Salsa, bachata, merengue et cha-cha-cha naissent dans les Caraïbes, hors du continent sud-américain.
Quelles sont les danses populaires en Amérique du Sud ?
Les danses populaires d'Amérique du Sud se répartissent par pays, et chacune porte la trace de trois apports : les pas de cour venus d'Espagne et du Portugal, les percussions des populations africaines déportées, et les musiques andines plus anciennes. Le tango domine le Rio de la Plata, les rythmes afro-brésiliens la côte atlantique, les tambours la côte caraïbe colombienne, la marinera Lima et Trujillo, la cueca le Chili. À côté de ces danses nationales vivent des centaines de danses régionales, souvent liées à une fête religieuse ou à un défilé.
Le tableau compare les danses les plus pratiquées par pays d'origine et par famille de rythme.
| Danse | Pays d'origine | Rythme dominant | Cadre traditionnel |
|---|---|---|---|
| Tango | Argentine et Uruguay | binaire, mesure à 2/4 puis 4/8 | milonga, bal de quartier |
| Candombe | Uruguay | binaire, trois tambours | défilé de rue de Montevideo |
| Samba | Brésil | binaire, mesure à 2/4 | roda, défilé des écoles |
| Cumbia | Colombie | binaire | fête de village de la côte caraïbe |
| Marinera | Pérou | ternaire, 6/8 | danse au mouchoir |
| Cueca | Chili | ternaire, 6/8 | fêtes nationales de septembre |
| Joropo | Venezuela et Colombie | ternaire | plaines des Llanos, harpe et cuatro |
| Diablada | Bolivie | marche de procession | carnaval d'Oruro |
Le tango, une danse née sur les rives du Rio de la Plata
Le tango apparaît dans les faubourgs de Buenos Aires et de Montevideo à la fin du XIXe siècle, porté par des immigrés italiens et espagnols, des descendants d'esclaves africains et des gauchos venus en ville. La milonga et la habanera de La Havane lui donnent son pas marché, le bandonéon allemand sa couleur. En 2009, l'UNESCO inscrit le tango au patrimoine culturel immatériel, sur une candidature commune de l'Argentine et de l'Uruguay.
Le tango argentin reste une danse d'improvisation : l'homme propose, la partenaire interprète, et aucun enchaînement n'est fixé d'avance. Le tango de salon pratiqué en compétition de danse sportive suit au contraire des figures codifiées, avec une tenue plus raide et des mouvements de tête secs. À Buenos Aires, le Festival y Mundial de Tango réunit chaque mois d'août des danseurs du monde entier. Le détail des pas de base du tango et de ses styles aide à choisir entre milonga, tango vals et tango nuevo avant un premier bal.
Brésil : samba, capoeira, frevo et forró
La samba brésilienne vient de Bahia, où les descendants d'Africains dansaient la samba de roda en cercle, au son des percussions et de la viola. Cette forme, inscrite par l'UNESCO en 2008, gagne Rio de Janeiro au début du XXe siècle et donne naissance aux grandes écoles qui défilent au carnaval de Rio, dans le Sambódromo dessiné par Oscar Niemeyer et ouvert en 1984. Le samba no pé, pas rapide sur la pointe des pieds, reste la base de la danse des défilés ; les variantes de la samba vont de la gafieira des salles de bal à la version afro de Salvador.
D'autres danses brésiliennes ont leur public. La capoeira mêle combat et danse dans une roda inscrite à l'UNESCO en 2014. Le frevo, très rapide, anime le carnaval de Recife avec son petit parapluie coloré (UNESCO, 2012). Le forró, danse à deux du Nordeste, se joue à l'accordéon, au triangle et à la zabumba. La lambada, venue du Pará, fait le tour du monde en 1989 avec le tube du groupe Kaoma.
Des Caraïbes colombiennes aux Andes : les danses de la côte et de la cordillère
Sur la côte Pacifique et dans la cordillère, la danse traditionnelle garde des racines espagnoles et indiennes plus visibles qu'au Brésil. Les rythmes y sont souvent ternaires, et le mouchoir tenu à la main sert de langage entre les partenaires.
Sur la côte caraïbe colombienne
La cumbia naît sur la côte caraïbe, autour du fleuve Magdalena, du mélange des tambours africains, des flûtes gaita indiennes et des costumes espagnols. Les femmes y dansent à petits pas glissés, une bougie à la main. Exportée dès les années 1950, elle produit des variantes nationales au Mexique et dans les Andes.
La marinera péruvienne et la cueca chilienne
La marinera et la cueca descendent toutes deux de la zamacueca, une danse de couple du XIXe siècle issue du fandango d'Espagne. La marinera se danse au mouchoir, la femme souvent pieds nus ; le Concurso Nacional de Marinera réunit chaque janvier des milliers de couples à Trujillo. La cueca, danse nationale du Chili depuis un décret de 1979, mime une cour amoureuse, le danseur avec un éperon et la danseuse en robe à fleurs.
La diablada et le carnaval d'Oruro
En Bolivie, le carnaval d'Oruro aligne plus de quarante groupes de danse folklorique sur quatre kilomètres de parcours. La diablada, avec ses masques de diable, y met en scène le combat de l'archange Michel contre les péchés capitaux. L'UNESCO le proclame chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel en 2001.
Salsa, bachata, merengue : latines, mais pas sud-américaines
La salsa figure dans tous les cours de danses latino, mais son origine se trouve à Cuba et à New York, pas en Amérique du Sud. Le son cubain, le mambo et le cha-cha-cha se mélangent dans le Spanish Harlem des années 1960 ; le label Fania diffuse ensuite le mot « salsa » dans le monde. La salsa cubaine se danse en cercle (casino, rueda), la salsa portoricaine dite « style New York » en ligne, avec un départ sur le deuxième temps.
La Colombie a pourtant adopté la salsa au point que Cali se présente comme sa capitale mondiale : la Feria de Cali ouvre chaque décembre par un défilé de salseros, et la manière caleña se reconnaît à son jeu de jambes très rapide. La bachata et le merengue, originaires de la République dominicaine, viennent d'une île des Caraïbes ; l'UNESCO inscrit le merengue en 2016 et la bachata dominicaine en 2019. Le cha-cha-cha et la rumba restent cubains, et le tamborito du Panama, en Amérique centrale, ferme la liste des danses latino-américaines de l'isthme. Le Panama sert d'ailleurs de pont musical : ses rythmes de tambour rejoignent ceux du voisin colombien, et le Panama revendique aussi la naissance du reggaetón en espagnol.
Que deviennent ces danses en danse de salon et en compétition ?
La danse sportive internationale range cinq danses dans sa catégorie latine : samba, cha-cha-cha, rumba, paso doble et jive. Seule la première vient d'Amérique du Sud ; le paso doble reprend la musique espagnole des corridas, le jive dérive du swing nord-américain, la rumba et le cha-cha-cha de Cuba. Sa version de salon garde le rebond du genou mais abandonne le pas sur la pointe des pieds des défilés.
Le tempo officiel se compte en mesures par minute : la danse d'origine espagnole est la plus rapide des cinq, la rumba la plus lente. Ce tempo change le travail du danseur : une rumba lente oblige à tenir chaque position, une danse rapide demande du souffle. Le tango, lui, appartient à la catégorie standard, avec la valse et le quickstep, dans une version de salon éloignée du bal de Buenos Aires.
Comment apprendre les danses latines ?
Apprendre une danse latine commence par un cours collectif pour débutant, où l'on travaille le pas de base, la marche à deux et l'écoute du rythme. Dans une grande ville, une même école propose souvent salsa, bachata et kizomba le même soir ; le tango se travaille plutôt dans des écoles spécialisées, puis en pratica avant d'oser la milonga. Pour qui vit dans la capitale, les adresses pour apprendre à danser à Paris couvrent la plupart de ces danses, des cours du soir aux stages intensifs.
Trois repères aident à progresser : compter la mesure à voix basse les premières semaines, changer souvent de partenaire et danser sur des musiques variées. Les vidéos de cours de danse en ligne complètent la pratique mais ne remplacent pas le guidage d'un partenaire réel. Les fiches de hip-hop, danse classique et danse sportive complètent ce tour d'horizon pour qui veut comparer la culture latine aux autres disciplines.
Tango, marinera, cueca : origines et différences en quatre questions
Quelle est l'histoire des danses latino-américaines ?
Les danses latino-américaines naissent de la rencontre, entre le XVIe et le XIXe siècle, des danses de cour européennes, des rythmes africains et des traditions indiennes. Chaque région a fait son propre mélange, d'où la diversité actuelle.
Quels événements de danse en Amérique du Sud ?
Le carnaval de Rio et celui d'Oruro en février ou mars, le Festival y Mundial de Tango à Buenos Aires, le concours de marinera de Trujillo en janvier et la Feria de Cali en décembre attirent les danseurs du monde entier.
Quelles sont les caractéristiques des danses latines ?
Les danses latines partagent un travail des hanches, une forte part de percussions et une danse de couple proche. Elles diffèrent par le rythme : binaire pour la samba et la salsa, ternaire pour la cueca et la marinera.
La salsa est-elle une danse d'Amérique du Sud ?
Non par son origine, cubaine et new-yorkaise, mais oui par sa pratique : la ville de Cali compte parmi les grands foyers de salsa au monde.




